Enseignement et confinement

16 novembre 2020

Vue de la L108 pendant le premier cours de physique à distance de Marcel Filoche

Depuis la rentrée l’Ecole a investi massivement, avec le soutien de la Fondation Mines ParisTech, dans du matériel et des logiciels permettant un enseignement hybride. Utilisé dès le premier jour de cours, ce système a permis de ne pas pénaliser les élèves en isolement ou les étudiants étrangers ne pouvant se rendre en France.
Avec ce nouveau confinement, c’est tout l’enseignement qui se déroule à nouveau à distance. Nous avons recueilli le témoignage de Victor Elie, élève Ingénieur civil en 3e année, et Marcel Filoche chargé de cours en Physique.
Comment élèves et professeurs s’adaptent-ils aux cours à distance ?
Questions à Victor Elie – Ingénieur civil de 3A option Sol et Sous-sol
Depuis le vendredi 30 octobre, tous les cours sont passés en distanciés. Cela s’est fait en un temps très court au niveau de l’école. Comment t’es-tu adapté de ton côté ?
On se doutait que le confinement allait arriver donc je me suis dit que j’allais rentrer chez mes parents. Je me suis débrouillé rapidement et j’ai pu rentrer le jeudi soir. Dès le vendredi après-midi j’ai eu mon premier cours à distance.
Est-ce que tu suivais déjà des cours à distance suite à la mise en place de l’enseignement hybride ?
On avait des cours en hybride mais on ne suivait les cours à distance que si on était cas contact ou positif. Sinon on allait aux amphis et la grande majorité des élèves étaient présents en cours. Je suis donc allé à tous les cours et avant l’annonce du confinement, j’avais une scolarité quasi-normale, si ce n’est que certains profs étaient positifs ou cas contact donc tout le monde passait en distanciel.
En distanciel, les cours n’ont rien à voir mais personnellement j’avais déjà peu de cours puisque je suis en 3e année.
Comment utilises-tu la plateforme de cours ?
On a un lien sur le site de la Direction de l’Enseignement qui nous permet d’avoir accès à toutes les salles, avec une trentaine de salles équipés d’outils de visioconférence. Tu cliques sur ta salle et ton cours se lance sur Zoom. Le système est très bien fait parce que c’est comme si je rentrais dans ma salle de cours avec les autres étudiants et le professeur pour faire cours. En termes d’organisation, il n’y a pas de question à se poser puisqu’il suffit que je regarde ma salle d’emploi du temps et plutôt que d’y aller en présentiel, j’y vais en virtuel. Il faut juste aller dans les cours où on est censé aller et ils font confiance au bon sens des gens pour que ce système soit respecté.
Si tu pouvais choisir, est-ce que tu suivrais tes cours à distance ?
Je ne trouve pas que ce soit très agréable comme mode de fonctionnement. Dès qu’un cours est censé être interactif, on a un frein à l’interaction parce qu’on ne se voit pas tous. Il y a aussi toute une dimension sociale dans l’école qui est importante. Si j’avais pu suivre des cours à distance hors-confinement, je n’y aurais pas vu d’intérêt. Le seul intérêt est si le cours est enregistré parce que ça permet plus de flexibilité mais sur le long terme, ce n’est pas agréable. Ne serait-ce qu’aller à l’Ecole est important. Là on n’a plus de moments d’échange.
Un point positif est qu’on a organisé un séminaire sur le rôle de l’ingénieur dans la transition écologique et qu’on a pu avoir une méthode innovante pour les questions. Le séminaire devait être en présentiel avec des conférences pour les 3e année des ingénieurs civils et du Corps des Mines ainsi que des ateliers. Tout s’est fait à distance. Quand venait le moment des questions, on pouvait poser les questions par écrit, les autres votaient pour les questions et celles ayant le plus de votes étaient posées. Ça permettait une discussion plus facile entre le conférencier et l’auditoire.
Est-ce que les cours à distance changent tes méthodes d’apprentissage ? Ton organisation du travail ?
A titre personnel, j’ai du mal à suivre un cours à distance et je vais plus facilement être distrait. Il y a un peu du fait que, quand on est devant le professeur, on suit le cours. Derrière son écran, personne ne nous voit et on peut facilement être distrait. Sur mon organisation du travail, c’est à peu près pareil. En général on a un prof avec des slides qui défilent sur le Zoom et on prend des notes comme en cours magistral. La différence est qu’on est derrière son écran.
Questions à Marcel Filoche – professeur de physique
Comment avez-vous mis en place vos cours entièrement à distance ?
J’ai commencé les cours en distanciel il y a seulement 15 jours et je n’en ai fait que peu puisque j’ai fait deux amphis et une petite classe. J’ai un cours intermédiaire entre l’enseignement direct et l’enseignement inversé puisque je fais un cours en direct et ensuite un amphi libre où les élèves peuvent poser n’importe quelle question sur tous les aspects du cours. Je me suis déplacé à l’Ecole des Mines pour faire cours dans un amphi vide. Les élèves pouvaient ouvrir le micro, lever la main virtuellement ou intervenir dans le chat de Zoom. Pour mes cours j’alterne entre PowerPoint et tableau noir parce que pour ce cours technique avec de la manipulation d’équation, c’est difficile de faire défiler des slides. L’esprit construit mieux quand il voit s’élaborer les équations en temps réel. Le fait d’écrire facilite l’assimilation. J’étais donc aux Mines pour les amphis. La seule fois où j’étais chez moi était pour l’amphi de questions-réponses. Je répondais aux questions en utilisant les slides.
Est-ce que vous avez dû changer vos méthodes d’enseignement ?
C’est encore récent alors je m’adapte encore. Pour la dernière petite classe, j’étais seul en amphi. Je parlais à la caméra. Dans ce qu’on a perdu par exemple, il y a les boitiers interactifs, directement dans la salle. Dans les slides, on avait de questions et les élèves pouvaient répondre directement, à la vitesse ou autres. Maintenant je n’ai plus ça et je n’ai pas encore les outils pour mettre en place ces choses à distance.
Est-ce que l’enseignement à distance change votre rapport à vos élèves en cours ?
Quand on fait la pause en ligne, quelques personnes se manifestent mais ça n’a rien à voir avec certaines fins de cours où on a des longues discussions. On ne peut pas dessiner rapidement au tableau, on est plus limité. Par ailleurs, dans l’amphi, les élèves peuvent échanger entre eux, se poser des questions, l’attention est stimulée. Il y a différents niveaux d’interactions possibles. En ligne, il n’y a pas d’interactions. Chaque élève est dans sa bulle, et seulement en interaction avec le professeur. Je pense que l’expérience collective manque, de faire passer un message qui est porté individuellement mais aussi par le collectif. On ne sent pas non plus la capacité d’attention des élèves, ils peuvent regarder ailleurs. En salle, même quand l’attention dérive, on est plongé dans le discours de la salle et on peut toujours raccrocher. En distanciel, si on décroche, c’est difficile de raccrocher. L’école a mis en place les moyens qui sont assez au point avec des caméras dans les salles donc on est en mesure de faire des bons cours.
Seriez-vous prêts à enseigner totalement à distance ?
L’enseignement totalement à distance rappelle la grande folie des MOOCs. Je pense que c’est bien pour des gens qui ne peuvent pas avoir accès aux institutions mais ça ne remplacera jamais les cours en présentiel. Je pense que l’expérience du confinement ne fait que confirmer cette opinion. Le fait d’être en présence directe change complétement le cours pour les élèves comme pour les professeurs. Quand vous avez une salle en face de vous, il y a une expérience collective. Quand vous êtes en train de faire cours, si certaines choses ne sont pas dites, vous sentez les choses dans la salle. Derrière un écran, vous ne sentez rien. Le feedback manque gravement. Dans la puissance pédagogique, ça se sent.
Mots-clés

Découvrir les autres actualités de la fondation